Wednesday, July 05, 2006

Naissances

Le monde est petit…

Le monde est tellement petit qu’il n’y a pas d’horizon.  L’imagination s’est dissipée dans un volcan de brouillard, dans un cratère comme le sont ces villages du sud qui ont assisté a ma naissance… ou plutôt a mes naissances ; comme si la vie ne voulant pas de moi, m’a accepté de contrecœur, et a essayé de me replonger dans un gouffre utérin. Seulement, cette grotte informe ne pu rester recouverte de nuée, le brouillard a fini par se dissiper, et le ciel s’est ouvert dans son infinie profondeur.

C’est donc ainsi que, conçu dans un œuf sans coquille, et dont la membrane n’est guère opaque, je me trouve aussitôt soumis a une nouvelle existence où,  la vue s’étant dégagée un peu, la membrane s’étend mais sans se briser. Son opacité augmente sur les bords, et l’espace s’allonge pour en faire un cylindre parfait, d’où parvient la lumière, parfois, d’en haut.

Mais l’homme est nomade, comme disait un certain Brel, et l’espace acquis dans cette campagne natale, loin de la ville et de ses tracas, et vite conquis par cet être ailé qui s’envole très haut… suffisamment haut pour survolé les montagnes environnantes qui m’oppriment… Mais il fait nuit, et le monde est trop petit pour qu’il y ait un horizon, un rêve, un espoir…

Dans cette immensité noire et morose, je ferme les yeux encore une fois. N’ayant que la chaleur de mes veines pour m’éclairer, je vois tout rouge… Rouge comme le sang… comme le plaisir sanguinaire de l’amant s’acharnant sur sa belle vierge sauvage… Rouge… Rougeâtre … Rose ! Comme la bouche imaginaire qui me couvre les lèvres, qui me colle au cou, qui sort sa mie délicieuse et me lêche le corps jusqu'à ce que, ivre, je tombe… Et, en retombant, je touche la terre molle qui me prends en elle, qui m’absorbe dans sa résolve hallucinante, dans l’élan de sa chaire qui brule.

Je regarde donc… je regarde autours de moi, tout d’abord, pour essayer de retrouver mes repéres. Les montagnes n’ont pas bougé, et pourtant… ce n’est plus du tout le même décor… Tout est devenu plus grand, plus impressionnant… En un moment intense, je frissonne… J’essaye de me souvenir, de reconstruire ma mémoire, mais mon passé semble être entré dans une profondeur inatteignable. Ebloui, j’observe ….

Je suis allongé sur un sol blanc, parfaitement blanc. De tout les cotés, des murs élevés penchent sur moi. Les murs sont blancs. Une fenêtre a une hauteur infranchissable laisse passer une lumière tamisée. A travers la fenêtre, j’arrive a peine a voir quelques branches d’arbres, et plus loin, une fenêtre entourée d’un mur tout aussi blanc. Je lève les yeux, et je trouve un plafond dont l’altitude me donne le vertige. Au milieu, une lampe penchée qui semble vouloir me donner la main – cette main gantée qui ressemble a une poire – mais n’y arrive pas car ses bras ont été amputés.

Que s’est-il donc passé ? où sont mes montagnes ? où est le ciel qui, il y a quelques instants me portait de ses mains invisibles et me faisait planer au dessus même des nuages ? La ville m’a donc rattrapée, aussi vite qu’un ouragan dans le désert ! J’essaye de marcher pour atteindre un mur, de le toucher, me disant déjà qu’il s’évanouira, et peut être, non seulement je reverrais une montagne, mais que l’obstacle disparaitra complètement pour me laisser voir, pour la première fois, une étendue menant vert le mout du monde. Le bout du monde, jusqu’auquel je me déplacerais, même a quatre pattes comme je suis obligé de le faire… Le bout du monde, d’oú je plongerais dans le vide sidéral, où plus rien ne viendra limiter ma vue. Là ou le monde – que dis-je -  l’univers se mettra a nu pour mon plaisir… L’univers deviendra, a l’image de ma mère, cette innocence si pure qui n’a pas de pudeur. Innocence qui fut, bien avant la première pomme, le premier serpent, la première séduction, le propre de mes semblables. Car, parait-il, j’ai des semblables… des êtres amorphes qui ont, pendant des siècles, des millénaires, essayé, á quatre pattes, d’aller vers le bout du monde… pour retrouver le sein nourricier de cet être angélique…

Je tête, pour me remplir de forces, mais aussi pour absorber ma mère… Il faut que je suce entièrement, jusqu'à ce qu’elle soit toute contenue dans mon ventre, comme je l’ai été dans le sien. Pour que l’univers soit en moi, et que je sois sa mère !


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7/5/2006 5:50:29 PM UTC  #